Le Grexit : une issue inévitable ?

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Depuis l’élection du nouveau gouvernement Grec, nous assistons à une véritable mascarade entre la Grèce et ses créanciers. La Grèce veut stopper la rigueur budgétaire qui asphyxie sa population et veut préserver par-dessus tout le paiement des salaires et des retraites. De l’autre côté, les créanciers de la Grèce veulent pousser le gouvernement Grec à poursuivre le plan de rigueur et de reformes structurelles qui avait permis à la Grèce d’obtenir les tranches d’aides du FMI. On voit mal comment les deux parties pourraient trouver un accord durable permettant le sauvetage de la Grèce et son maintien dans la Zone Euro.

La journée d’hier m’a fait beaucoup rire quand une source du gouvernement grec a déclaré que la Grèce et ses créanciers avaient trouvé l’ébauche d’un accord. Mais cette source précise également qu’il n’y aura pas de coupe sur les salaires et les retraites, ce qui est pourtant le cœur du sujet. Autant dire, aucun véritable accord n’a été trouvé et l’Euro a d’ailleurs à peine frémit hier à l’annonce de cette parodie d’accord.


La faillite de la Grèce



Sans l’aide du FMI, la Grèce serait déjà en faillite. Le gouvernement Grec estime d’ailleurs qu’ils ont à peine plus de 15 jours de liquidités dans leurs caisses si le FMI venait à stopper son aide. La Grèce à beau faire toutes les promesses du monde à sa population, si elle coupe les ponts avec ses créanciers, elle ne pourra plus payer les salaires et les retraites. Elle devra alors imprimer des drachmes (son ancienne monnaie) entraînant de facto une sortie de la Zone Euro.

Les signes d’une faillite de la Grèce sont nombreux :

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Des taux d’intérêts exorbitants

: Si la Grèce venait à se financer sur les marchés financiers pour se détourner de ses créanciers Européens, elle devrait payer un taux d’intérêt de la dette de 25% à deux ans. C’est le signe d’une faillite imminente. Aucun pays n’est pas capable de supporter une telle charge au niveau des intérêts d’emprunts et encore mois la Grèce. Ces taux d’intérêts montrent que les marchés financiers anticipent une faillite de la Grèce.

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Les banques Grecques à court de liquidité

: Au vu de la situation, les Grecques se ruent dans les banques pour retirer tout leur argent. Le phénomène s’accélère un peu plus chaque semaine ce qui traduit d’une panique générale au sein de la population. Les Grecques n’ont pas confiance dans l’issue des négociations et encore moins dans les banques Grecques. 

Il en va de même pour les retraits de capitaux qui s’accélèrent également et atteignent aujourd’hui 200 à 300 millions par jour. Le total des retraits de capitaux s’élèverait à 5 milliards d’euros selon les banques alors qu’il n’était que de 2 milliards fin Mars. 

Résultat, les banques Grecques n’ont plus de liquidité, le taux interbancaire est exorbitant et les banques ne se font plus confiance. Pour que les banques puissent se financer, elles font appel au mécanisme de fourniture de liquidité d'urgence (ELA), géré par la BCE. Depuis plusieurs mois, la BCE augmentait progressivement le plafond d’emprunt de l’ELA mais elle vient pour la 1ere fois de stopper le mouvement.

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La Grèce est surendetté

: Sans entrer dans les détails sur la dette Grecque, je vais vous donner un seul exemple pour vous montrer à quel point la Grèce est dans l’impasse. Pour rembourser la une tranche d’aide au FMI, le Gouvernement Grec a utilisé ses fonds propres mais aussi de l’argent issue d’un prêt du FMI. Autrement dit, la Grèce paye sa dette par de la dette…. Elle a utilisé la ligne de facilité qui lui était jusque la accorder par le FMI, un crédit que l’on pourrait comparer à un crédit revolving dont le taux d’intérêt est très élevé…  

On peut également précisé que le ratio dette/pib de la Grèce est passé de 120% en 2009 à plus de 170% aujourd'hui....

Généralement, quand un ménage arrive à cette situation de surendettement, soit il est prêt à faire tous les sacrifices nécessaire pour rembourser sa dette (ce qui n’est pas le cas de la Grèce qui ne veut pas d’un plan de rigueur, ni de reformes structurelles profondes), soit c’est les huissiers qui se pointent… c’est la faillite !


Quels sont les solutions pour sauver la Grèce ?



Le fait que la Grèce et ses créanciers aient trouvé l’ébauche d’un accord hier nous montre ce qui risque de se passer dans les prochains mois. L’Union Européenne va donner au gouvernement Grec juste ce qu’il faut pour survivre. 

Tous les mois, on risque d’avoir le même scénario. Un long teasing sur les négociations, un blocage de la part des deux parties et au dernier moment, un accord est trouvé (un peu comme aux Etats Unis lorsqu’il y a une négociation sur le plafond de la dette au congrès, une vraie pièce de théâtre !). Mais l’accord ne se fera pas sans concessions de la part de la Grèce. On le voit déjà avec ce premier accord, le gouvernement Grec à du céder sur quelques réformes et coupes budgétaires.

Ce petit jeu va durer quelques temps et puis le jour ou les seules réformes restantes concerneront les salaires, les retraites et la fiscalité (les plus importantes pour l’économie), un blocage définitif va se mettre en place. La Grèce l’a réaffirmé plusieurs fois, elle ne coupera pas les salaires et les retraites ! 

Ca sera le début de l’impasse car l’Union Européenne ne peut pas se permettre d’accorder gratuitement des prêts sans conditions sinon d’autres pays en Zone Euro (tels que l’Espagne ou le Portugal) pourrait être tentés d’en abuser. De plus, les Allemands qui sont à la tête de la Zone Euro ne veulent déjà plus dépenser un copeck de plus. Deux scénarios vont être alors possibles :

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Mise sous tutelle de la Grèce

: Ce scénario consisterait à ce que l’Union Européenne soit en charge de la gestion de la Grèce. Elle pourrait alors faire appliquer toutes les réformes qu’elle souhaite au niveau des salaires, retraites et de la fiscalité. Cela signifierait que le gouvernement Grec à céder, à capituler. La Grèce serait alors maintenue au sein de la Zone Euro et continuerait de recevoir une aide extérieure pendant quelques temps. Nulle doute après que l’Europe applique la même méthode utilisée à Chypre en spoliant les épargnants à hauteur de 10% ou plus pour les comptes supérieurs à 100 000 € (cf Votre Epargne est menacée par la crise !). Il y a d’ailleurs des bruits de couloir qui disent qu’un blocage des capitaux (qui empêche aux épargnants de retirer leurs fonds) pourrait être mis en place prochainement (comme à Chypre en 2013….).

Ce scénario semble toutefois peu probable au vu de la manière dont la Gauche radicale a été élu en Grèce. Les Grecs se sont sentis humiliés par l’Union Européenne et il semble impensable de voir la population soutenir une capitulation du Gouvernement Grec face à l’UE. Cela peut se comprendre, allez expliquer à une population que leurs salaires vont être de nouveau divisés par 2, qu’un grande partie des emplois vont disparaître et que certaines retraites ne seront pas payés, que l’épargne va être spolié…. Pour le peuple Grec, accepter les conditions de l’UE, c’est accepter de plonger dans la misère et c’est accepté d’être humilié.

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Le Grexit

: La sortie de la Grèce de la Zone Euro semble le scénario le plus probable à terme. Le ministre Allemand Schaüble pousse d’ailleurs dans ce sens. Les Allemands en ont marre de payer pour les autres, de traîner un boulet économique. 

La sortie de la Grèce de la Zone Euro conduirait la Grèce à la faillite et au final, ils seraient obligés d’appliquer les réformes suggérées par l’Union Européenne (à savoir une coupe des salaires, une réforme fiscale profonde, une révision du système de retraite). On estime que la sortie de la Grèce de la Zone Euro entrainerait une chute de 40 à 50% de son PIB selon plusieurs études. La Grèce reviendrait alors au Drachme (sa devise historique). La Grèce pourrait toutefois rester au sein de l’Union Européenne pour essayer de sauver les meubles en Europe.

C’est la toute l’ironie de l’histoire. Quelque soit la solution choisie par le gouvernement Grec (Mise sous tutelle ou Grexit), l’issue est la même pour la population. Seulement, dans le premier cas, la Grèce ne fait pas faillite et dans l’autre si. L’orgueil de la population Grecque semble donc vain. C’est eux qui vous souffrir en premier de la mauvaise gestion passée des précédents gouvernements grecs qui ont conduit le pays dans une telle situation.

En tout cas, le choix du gouvernement Grec semble déjà fait comme le disait un de ses représentants : « nous sommes un gouvernement de gauche. Si nous devons choisir entre faire défaut au FMI et faire défaut à notre propre peuple, il n'y aura pas d'hésitation »… Tout est dit !


L’après Grexit, un nouveau monde !



La sortie de la Grèce de la Zone Euro (si elle arrive) pourraient avoir de très lourdes conséquences à la fois politique, économique et géostratégique :

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Un rapprochement avec la Russie

: Le chef du gouvernement Grec a multiplié les entrevues ces derniers temps avec Poutine. La Russie voit dans la sortie de la Grèce de la Zone Euro une belle opportunité pour se donner un accès direct à la Méditerranée. D’un point de vue politique et économique, la Russie en tirerait de nombreux avantages et notamment pour l’exportation du gaz. Des projets de pipelines sont d’ailleurs en négociation…. Cette manne d’argent supplémentaire pourrait permettre à la Russie de ne pas céder sur la Crimée malgré les nombreuses sanctions dont l’Europe et les Etats Unis ont fait preuve. En Echange, la Russie pourrait aider financièrement la Grèce à s’en sortir.

Ce rapprochement avec la Russie couperait véritablement le monde en deux, avec d’un coté l’Occident et de l’autre l’Orient. Reste à savoir quelle position prendra la Chine dans tout ca (cf - Les BRICS attaquent le Dollar US). 

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Un krach obligataire

: Le Grexit provoquerait une crise de la confiance au sein de la Zone Euro et notamment des pays déjà en difficulté comme l’Espagne, le Portugal ou l’Italie. En effet, si un pays est exclu de la Zone Euro, cela ouvre la porte à d’autres pays. Les taux d’intérêts des pays dit périphériques pourraient alors exploser à la hausse, créant ainsi un krach obligataire massif (cf un krach obligataire à venir ?) avec toutes les conséquences que cela comporte. Je vois sur certains sites des articles disant que la sortie de la Grèce n’affecterait pas tant que ça les banques européennes vu qu’elles ont une faible exposition sur la Grèce. Certes, mais elles sont en revanche très mais alors très exposés sur les dettes des pays périphériques…. De nombreuses faillites en perspective.

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Une sortie volontaire d’autres pays de la Zone Euro

: D’après les textes de loi, une sortie de la Zone Euro peut se faire soit de deux manières. La première est la manière forte qui vise à amener le pays à quitter la Zone Euro comme c’est le cas avec la Grèce en le poussant revenir au Drachme (ancienne monnaie de la Grèce) pour pouvoir payer les salaires et les retraites. 

La deuxième méthode est le départ volontaire. L’actualité récente de la Grande Bretagne qui va faire un référendum pour sortir ou non de l’Union Européenne montre que l’Europe ne fait plus l’unanimité. Ailleurs en Europe, s’il y a un bien un candidat que la sortie volontaire de la Zone Euro pourrait intéresser, c’est l’Allemagne ! 60% des Allemands veulent quitter la Zone Euro d’après les sondages. Si la Grèce ne quitte pas la Zone Euro, les Allemands pourraient être le premier pays à en sortir….  

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Auteur du livre "Trading à sens Unique" (consultable gratuitement sur CentralCharts)

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