EDF : un avenir bien sombre !

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L'augmentation de capital d'EDF pour 4 milliards d'Euros est l'arbre qui cache la forêt. Le groupe va mal, très mal et les perspectives économiques sont peu réjouissantes. La stratégie CAP30 lancée en 2015 est un écran de fumée pour cacher l'absence d'une véritable stratégie de long terme pouvant mener à la rentabilité du groupe.

Des marges réduites sur son activité historique



La principal marché d'EDF c'est la production et l'acheminement de l'électricité et de gaz. Cette une source de revenus importantes pour l'opérateur. Or, depuis plusieurs années, EDF doit faire face à une évolution du marché :

- Concurrence accrue : De nombreux fournisseurs d'électricité ont fait leur apparition avec des offres tarifaires alléchantes. Son principal concurrent en France, c'est Direct Energie. Ce dernier ne cesse de grignoter des parts de marché à EDF qui a du réagir en rognant sur ses marges sur les particuliers (offre de -8% sur les tarifs réglementés)

- Prix de l'électricité en baisse : Du fait d'une faiblesse de la demande, le prix de l'électricité ne cesse de chuter. Or EDF est exposé à hauteur de 65% sur les prix non réglementé qui sont applicables depuis le 1er Janvier 2016 sur ses gros clients (usines, entreprises...). En 4 ans, les prix de gros de l'électricité ont été divisé par 2 et EDF a subi cette baisse de plein fouet.

Cette activité de fournisseur d'électricité historique représente plus d'1/3 de l'EBE (excédent brut d'exploitation) pour EDF. Cela pèse fortement sur les résultats du groupe et c'est une source d'inquiétude légitime pour les investisseurs. Heureusement, l'Etat a validé une hausse des tarifs réglementés pour le secteur résidentiel, ce qui a permis à EDF de se maintenir à flot.

Le boulet d'EDF : Areva



Aerva est un véritable fiasco, on peut remercier Anne Lauvergnon qui est à l'origine des mauvaises orientations stratégiques du groupe. L'entreprise était condamné à un dépôt de bilan mais pour sauver plus de 200 000 d'emplois (3ème filière française après l’automobile et l’aéronautique), l'Etat est intervenu. Sa solution, obliger EDF à racheter Areva.

Voila un beau cadeau pour une entreprise déjà en crise. Rappelons qu'Areva, c'est plus de 10 milliards de déficit entre 2010 et 2015. Pourtant, le carnet de commande est bien rempli pour les prochaines années (à hauteur de 31 milliards), un programme de réduction des coûts est déjà bien avancé mais malgré cela, Areva a accusé une perte de 665 millions en 2016.

En parallèle, l'Etat a du injecter 4.5 milliards d'euros pour recapitaliser Areva et a pris à sa charge via une structure externe, le gouffre financier de l'EPR Finlandais. Malgré cela, il reste 5 milliards de dettes à supporter pour son nouveau propriétaire, le groupe EDF.

De lourds investissements à venir



Le groupe EDF dispose de 57 grands réacteurs nucléaires. Afin de répondre aux nouvelles normes de sécurité imposé par la Haute Autorité de Sureté Nucléaire post Fukushima et de prolonger la durée de vie de ses réacteurs de 40 à 60 ans, EDF a validé un plan d'investissement de 55 milliards d'euros d'ici 2025. Voila un engagement stratégique majeure qui risque de peser lourd dans les comptes d'EDF surtout quand l'on sait que la dette du groupe atteint déjà les 37.4 milliards d'euros.

Le PDG se vante d'avoir réussi à stabiliser la dette globale mais cela s'est fait au prix d'un plan majeur de cession d'actifs. EDF s'est fixé un objectif de 10 milliards d'euros entre 2015 et 2020 via la cession de certains de ses actifs, notamment immobilier (c'est la grande braderie). Nous en sommes déjà à 6.7 milliards et EDF et c'est ce qui a permis à EDF de réaliser des bénéfices en 2016. C'est un écran de fumée car dès que le plan de cession aura pris fin, EDF n'a plus qu'à espérer une reprise de son activité historique au vu des investissements massifs qu'elle doit consentir dans les prochaines années.

Si on regarde à très long terme, prolonger la durée de vie des réacteurs nucléaires existants, c'est remettre le problème de leur remplacement à demain. Les charges liées à l'entretien de ses réacteurs risque de s'alourdir chaque année. Plus un réacteur est vieux, plus les problèmes sont importants. C'est comme pour une voiture. Ce sont des investissements qu'il faudra prendre en compte dans les années à venir.

EPR : un gouffre financier



La réacteur nucléaire nouvelle génération (l'EPR) était très prometteur à son lancement mais aujourd'hui, les problèmes s'accumulent et la facture s'alourdit. En témoigne le projet de Flamanville qui n'est toujours pas terminé et dont le coût total dépasse les 10.5 milliards d'euros alors que le coût estimé était de 3 milliards.

Le plan de cession d'actifs de 10 milliards d'euros a été adopté par le conseil d'administration d'EDF justement dans le but de financier le surcoût lié à ce projet. Les investissements sont colossaux et incontrôlés à tel point que le directeur financier du groupe a démissionné en mars 2016 en indiquant ceci : "Qui parierait 60% ou 70% de son patrimoine sur une technologie dont on ne sait toujours pas si elle fonctionne, alors que cela fait dix ans qu’on essaie de la construire ?"

Le directeur financier préconisait de reporter la construction de l'EPR en Grande Bretagne afin de limiter l'exposition des fonds propres d'EDF. On voit mal comment EDF pourrait échapper à une nouvelle augmentation de capital dans les années à venir, obligeant l'Etat (et les contribuables) à payer la facture encore une fois.

Avec Areva, le groupe EDF tente de créer un EPR nouvelle génération dont l'objectif est de réduire le temps et le coût de construction. Problème, cet EPR ne sera pas prêt avant 5 ans. EDF espère pouvoir utiliser ce modèle à partir de 2030 pour pouvoir remplacer l'ensemble de son parc nucléaire. Je n'ose imaginer le montant de la facture. Après avoir payé 55 milliards pour ses anciens réacteurs, le groupe devra de nouveau engager de lourds investissements.

EDF à la recherche de relais de croissance



Les EPR Britanniques

Le projet de construction de deux réacteurs EPR à Hinkley Point en Angleterre est une très bonne nouvelle pour le groupe EDF sur le papier. Une fois leur construction achevée, EDF a obtenu une garantie de rachat de l’électricité à 92,5 livres par MWh sur 35 ans. Seulement voila, le projet de construction de ses deux réacteurs EPR a été estime à 23.2 milliards d'euros. Pour le financer, le groupe EDF s'est engagé à hauteur de 66.5% et l’électricien chinois CGN pour 33.5%.

En 2013, le gouvernement Britannique s'était engager à apporter une garantie sur le coût du projet à hauteur de 65% mais ce n'est plus d'actualité aujourd'hui. EDF et son partenaire chinois vont devoir faire appel en grande partie à leurs fonds propres. Le problème, c'est que l'EPR de Flamanville n'est toujours pas terminer et une importante partie des fonds propres d'EDF est déjà engagé. Mieux vaut donc qu'il n'y est pas de retard ni de mauvaises surprises pendant la construction des deux ERP Britanniques. Et ça, c'est pas gagner...

Internationalisation

Le PDG du groupe EDF l'a affirmé, l'un des objectifs prioritaires est de trouver des partenaires commerciaux hors d'Europe. A l'heure actuelle, 95% du chiffre d'affaire est réalisé en Europe et pour trouver de nouveaux relais de croissance, EDF s'intéresse notamment à la Chine. C'est un pays qui mise également massivement sur le nucléaire et ses besoins sont colossaux. En 2015, sur 18 réacteurs mis en service dans le monde, 8 l'ont été en Chine. C'est dire l'importance de ce marché.

Mais la encore, l'avenir d'EDF est loin d'être sans embûches. D'une part, il existe à l'heure actuelle plusieurs types de réacteurs nucléaires de 3ème génération et l'EPR est de loin le plus cher! Les concurrents sont Russes et coréens. La puissance des réacteurs est moindre (de l'ordre de 30%) pour les réacteurs étrangers mais leur coût est inférieur en moyenne de 35%.

Le principal concurrent d'EDF risque d'être à terme son partenaire financier pour la construction des EPR Britanniques, le chinois CGN. C'est une erreur stratégique majeure à long terme de partager sa technologie avec un concurrent. Mais EDF ne peut se passer de ce partenaire s'il veut mener à terme le projet Britannique. D'ici quelques années, CGN risque de développer un réacteur aussi puissant que l'EPR et on envisage alors mal la Chine choisir le réacteur concurrent pour satisfaire son propre marché.

Energies renouvelables

Le développement des énergies renouvelables dans les différents pays est souvent fonction de la volonté de l'Etat. D'ici à 2030, la France s'est fixé d'atteindre 32% dans la consommation énergétique totale. En Allemagne, ce taux est déjà atteint. D'autres pays tels que l'Espagne et la Grande Bretagne sont en avance sur nous.

EDF a fait une priorité du développement des énergies renouvelables dans les années à venir avec sa stratégie CAP30. L'objectif en 2030 est d'ailleurs d'atteindre la capacité de production actuelle de l'Allemagne, c'est à dire 50 GW.

En 2016, 86% des investissements se sont tournés vers le renouvelable, c'est dire l'importance de ce marché. Dommage qu'EDF et l'Etat misent principalement sur le nucléaire pour se développer. Le relais de croissance offert par les énergies renouvelables n'est loin d'être exploité à plein régime par EDF qui préfère se concentrer sur l'EPR. Pour le particulier, cela reste une bonne nouvelle car l'électricité est moins chère avec le nucléaire (les Allemands payent leur électricité 88% plus cher).

Faut-il investir sur le titre EDF?



Beaucoup d'interrogations pèsent EDF. Le groupe connait une mauvaise passe sur son activité historique de fournisseur d'énergie et si le cours de l'électricité ne remonte pas, cela pourrait continuer à affaiblir encore plus la situation financière déjà critique de l'entreprise.

De lourds investissements sont programmés dans les années à venir pour maintenir en activité le parc nucléaire vieillissant. En plus de cela, le groupe EDF doit faire face aux coûts faramineux de construction de son réacteur nouvelle génération, l'EPR. Une importante partie des fonds propres de l'entreprise est engagée et le risque est donc très important. Cela ne va pas s'arranger avec la construction des EPR Britannique. L'intégration d'Areva est également une source d'inquiétude au vu du déficit chronique de ses activités.

Quant à l'internationalisation du groupe, EDF semble avoir fait le mauvais pari du tout nucléaire au lieu de surfer sur la vague des énergies renouvelables. La Chine est l'un des seul relais de croissance possible mais à terme, la Chine pourrait posséder son propre EPR développé par l'électricien CGN.

A court et moyen terme, EDF va sans doute connaître des vagues de haut et bas au gré des annonces économique le concernant mais à long terme, la visibilité est trop mauvaise pour pouvoir intégrer le titre en portefeuille. Il y a de meilleurs investissements à faire. EDF est une simple valeur spéculative sans grand intérêt.

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Auteur du livre "Trading à sens Unique" (consultable gratuitement sur CentralCharts)

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